1609

En l’An de Grâce mil six cent neuf, le 29 juin, jour où l’on fête St-Pierre et St-Paul, naissait à Béziers le fils d’un notaire devenu procureur, Pierre-Paul RIQUET, descendant d’une famille italienne, les Arrigheti, établis en France depuis le début du XIIIe siècle.

Il ne restait au bon roi Henri IV que quelques dimanches pour mettre sa poule au pot avant que Ravaillac, croyant sauver la religion catholique, ne le poignarde à mort, au lendemain du sacre de Marie de Médicis et alors que Louis XIII n’avait que neuf ans.

La maison de Bourbon avait accédé au trône de France vingt ans auparavant avec l’avènement d’Henri de Navarre, sous le nom d’Henri IV.

Le « Vert-Galant » était alors parvenu à rétablir la paix extérieure et la paix religieuse par la promulgation de l’Edit de Nantes onze ans plus tôt.

Son principal ministre, SULLY, avait assaini les finances en relevant le taux de l’impôt sur le sel, la gabelle, et favorisé l’agriculture ( » labourage et pâturage étant les deux mamelles de la France ») ainsi que le commerce en développant routes et canaux.

En 1604, ce « GRAND VOYER » avait commandé à Hugues Cosnier le Canal de Loyre en Seyne, (aujourd’hui Canal de Briare), premier canal de navigation à point de partage (c’est-à-dire le franchissement de la ligne de partage des eaux de deux bassins fluviaux) et à échelles d’écluses (7 sas accolés à Rogny et 4 sas au Moulin Brûlé) dont devait s’inspirer Riquet.

La mort d’Henri IV et consécutivement la retraite forcée de Sully devaient interrompre cette grande première pendant de nombreuses années, alors que les « escaliers d’eau » étaient déjà achevés.

Le LANGUEDOC, province qui s’étendait alors de Toulouse au Rhône et de la Méditerranée à la Haute-Loire, fut, à partir du XVIe siècle, un des foyers de la Réforme Protestante, comme à Béziers par exemple.

Jean-Christophe Sanchez dans un remarquable ouvrage publié aux Editions Cairn en 2009 et intitulé La Vie sur le Canal du Midi de Riquet à nos Jours écrit : »Le seuil de Naurouze (…) est aussi le passage obligé entre Haut et Bas-Languedoc, entre Toulouse, Montpellier et Narbonne, les trois métropoles languedociennes. Le seuil est la voie du commerce de la province, celui, entre autres, des excédents des blés toulousains vers Narbonne, ou les foires de Beaucaire, et celui des épices et des produits coloniaux vers Toulouse.

Au XVIIe siècle, si le pastel, qui avait fait la richesse du pays de cocagne, décline face à l’essor de l’indigo, l’agriculture demeure un secteur actif de l’économie. L’époque se caractérise aussi par le développement de manufactures qui font la prospérité de cités du Languedoc comme Carcassonne. A celles qui travaillent la laine, les étoffes et les draps s’ajoutent désormais celles qui transforment la soie. C’est ainsi que des mûriers blancs, arbre originaire de Chine et dont les feuilles servent à nourrir le ver à soie, sont plantés.

On développe aussi de nouvelles cultures : maïs, melons, artichauts et haricots et Sully fait planter un orme au centre de chaque village : c’est là qu’on festoyait mais aussi qu’on payait la dîme… (voir « l’Orme de Sully » à Poilhes dans l’Hérault qui vient de rendre l’âme !)

Il est enfin à noter que presque tous les ports du littoral du Golfe du Lion s’ensablent peu à peu.

Jean-Pierre Janier

(sources de cet article : 4ème volume de Histoire de France et des Français au jour le jour – 1547- 1643 – Vers la monarchie absolue – Librairie Académique Perrin – 1976 de MM. A. CASTELOT et A.DECAUX)