1638

Mil six cent trente-huit fut une année faste mais aussi une année de faste : ce fut en effet celle de la naissance, longtemps désirée, à Saint-Germain-en-Laye, du fils de Louis XIII et d’Anne d’Autriche, de celui qui, cinq ans plus tard, allait devenir Louis XIV et, plus tard encore, Louis le Grand. La Gazette de ce jour en témoigne :
 » Cette vertueuse reine, après un travail de douze heures, est accouchée ce jourd’hui un peu avant midi, dans le château neuf de Saint-Germain, d’un prince que sa beauté et proportion accomplie de toutes les parties de son corps ne rend pas moins aimable que cette mâle vigueur qui luit déjà au travers de ses membres enfantins nous promet de trophées. »

Deux ans plus tôt naissait Nicolas Boileau et Pierre Corneille, en donnant Le Cid, connaissait la gloire à trente ans : « Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue », écrira plus tard ce même Boileau, mais, s’il y renouvelait l’art de la tragédie classique, Corneille y fut fort controversé quant au respect de la règle des trois unités : lieu, temps et action, à laquelle il aura toujours beaucoup de mal à obéir.
Quelques mois plus tard, René Descartes publiait Le Discours de la Méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences. Il prétend en effet :
« La puissance de bien juger et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce que l’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes (…)Ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. »
Toutes les conditions les plus favorables étaient donc réunies pour accueillir le Roi-Soleil.

Cette même année 1638, le 24 janvier, était baptisé à Mirepoix, Jean-Mathias, fils aîné de Riquet, qui, lui aussi, devait un jour reprendre le flambeau familial avec panache. Un registre B.M.S. (baptêmes, mariages, sépultures), registre paroissial mirapicien donc, atteste de l’acte de baptême de Jean-Mathias « fils de Pierre-Pol Riquet et de Catherine de Milhau, mariés. » En revanche, rien de définitif ne nous est encore connu sur l’acte de mariage de ses parents.

Pour les besoins de sa charge, Pierre-Paul continue à arpenter ou chevaucher toutes les plaines à travers lesquelles il creusera son canal et toutes les collines qui l’alimenteront en eau, car, de jour en jour, il mûrit un peu plus son projet, comme il l’affirme à Paul Mas, son ami d’enfance qui devait épouser sa sœur Madeleine :  » Je veux faire ce Canal, j’y emploierai le temps qui me reste à vivre, toutes mes forces, toute ma fortune. Je l’ai promis au père de Catherine. Je ferai le Canal ! »  Et Riquet n’a pas encore trente ans !

Jean-Pierre Janier