1648

Le jeune Louis XIV a maintenant dix ans et il manifeste à l’égard de Mazarin, son parrain et « surintendant » de son éducation une grande déférence, qu’il conservera au Cardinal jusqu’à sa mort, en 1661. Trois ans plus tôt, la régente Anne d’Autriche et son « Premier ministre », déjà complices et probablement amants, ont peut-être même contracté un mariage secret. A ce jour, le mystère sur cette union reste entier.

Sur le plan politique, Giulio Mazarini conduit la diplomatie subtile initiée par Richelieu, son mentor, mais l’année 1648 s’annonce sombre pour lui. Il doit, en effet, affronter la fronde des parlementaires qui se rebellent contre la décision de la régente de suspendre le droit à la « paulette » dont bénéficiaient les magistrats. Il s’agissait d’une ordonnance d’Henri IV, datant de 1604, rendant héréditaires les offices, moyennant une taxe annuelle ! La reine, doit, finalement, la mort dans l’âme, céder et en signer le renouvellement le 24 octobre 1648 pour mettre fin à cette fronde. Cependant, une autre révolte, autrement plus grave – la Fronde des Princes- se prépare.

Ces événements font presque oublier que le même jour, deux mois après la victoire à Lens de Monsieur le Prince – futur « Grand Condé » – sont signés les traités de Westphalie, qui, en morcelant le territoire de L’Empire germanique et en annexant (avec certaines clauses restrictives) l’Alsace ( à l’exception de Strasbourg) à la France, apportent une paix victorieuse à notre pays et mettent fin à la guerre de Trente Ans.

En ce qui concerne Riquet cette année-là, je me permets de citer M. Guy Vallery-Radot , président de l’Association Riquet et son Canal qui écrit dans la Gazette du Canal d’août 2010 : « Quant à Riquet, toujours à cheval  »suivant la finance, usant plus de l’éperon que de la bride » comme l’écrivait son secrétaire, il sillonne le pays au gré des affaires qui se présentent.

La fourniture aux armées en campagne en Roussillon l’occupe et l’enrichit. Les archives nous révèlent que simultanément il ne néglige pas pour autant les petits prêts entre 46 et 206 livres. A force de suivre la finance, elle finit par le rattraper et c’est fortune (presque) faite que le nouveau fermier général des Gabelles du Haut-Languedoc se présente à Revel en 1647. »

Nous apprenons que la famille Riquet élit domicile à Revel avec ses trois premiers enfants nés à Mirepoix Jean-Mathias, Elisabeth et Pierre-Paul II au coin de la rue St-Antoine et de la place Philippe VI de Valois en cette année 1648. Y naîtront Marie, cette même année, suivie par Catherine et Guillaume (jumeau décédé en bas âge) en 1652, et Anne en 1653.

Citons encore, pour conclure, le Président Guy Vallery-Radot : « En choisissant Revel au pied de la Montagne Noire, Riquet pense-t-il seulement trouver un lieu stratégique pour l’exploitation du nouveau secteur de sa ferme des gabelles ou porte-t-il déjà en lui son projet de canal ? L’un et l’autre très probablement, selon une confidence qu’il fit dans une lettre à Colbert (datant de 1668) :  » j’y pense depuis 18 ans  ». Une fois à Revel il ne fait pas qu’y penser, mais explore avec Pierre Campmas la haute vallée du Sor, de l’Alzeau, et du Lampy. »

Jean-Pierre Janier