1659

Depuis la fin de la Fronde (1653), la France connaît le rétablissement progressif de la prospérité. Colbert, sous l’autorité de Mazarin, prépare les grandes réformes financières et judiciaires du règne de Louis XIV, et, en même temps, la chute du surintendant Fouquet pour – entre autres – ses malversations. Cinq ans plus tôt, Louis XIV a été couronné à Reims, et l’année suivante, il chapitre sévèrement et définitivement des magistrats qui remettaient en cause des édits signés par lui le mois précédent ; c’est alors qu’on lui prête ces mots qu’il n’a jamais prononcés : « L’État, c’est moi. »

Sur le plan militaire, la guerre se poursuit avec l’Espagne, et si le jeune Louis, âgé de vingt ans, ne quitte plus Marie Mancini (qui, plus tard écrira : « Jamais on ne passa le temps plus agréablement que nous ne le faisions »), s’il danse avec elle chaque soir à la cour sur des musiques de Lulli, et si même, en juin 1659, le roi se décide à lui demander sa main, Mazarin refuse cette union et fait comprendre à Marie, sa nièce, qu’elle doit se sacrifier à la raison d’État. En effet, la paix entre la France et l’Espagne se prépare : elle sera ratifiée le 7 novembre par le Traité des Pyrénées, signé par Louis XIV à Toulouse le 24 novembre : la clause principale prévoit son mariage avec sa double cousine germaine Marie-Thérèse d’Autriche, Infante, fille de Philippe IV d’Espagne, union qui sera célébrée le 9 juin 1660.

Avec la paix des Pyrénées, la France gagne non seulement une reine qui renonce à ses droits sur la couronne d’Espagne en échange d’une dot de 500 000 écus d’or, préparant ainsi la future politique étrangère de Louis XIV, la fin des hostilités avec l’Espagne qui duraient depuis un quart de siècle, mais aussi plusieurs places fortes du Nord, l’Artois, le Roussillon et une partie de la Cerdagne.

Riquet, déjà sous-fermier des gabelles du Haut-Languedoc depuis une dizaine d’années, allait gagner, lui, ses galons de Fermier Général du Languedoc, Roussillon et Cerdagne, avec, pour consignes, de soumettre ces provinces – parfois brutalement – à la gabelle.

Depuis qu’il a acquis la seigneurie de Bonrepos, il lui est plus aisé d’arpenter et d’explorer la Montagne Noire et d’y poursuivre ses fructueuses recherches, avec l’aide de Pierre Campmas, le fontainier de Revel. En 1658, il acquiert aussi la totalité des droits de l’eau de la seigneurie de Revel, très probablement après avoir étudié en détail l’hydrographie de la Montagne Noire, même s’il n’a, sans doute, en cette matière, aucune réelle notion scientifique ! Mais c’est un homme de terrain qui observe, qui effectue systématiquement des mesures de débits et des calculs de volumes, établit des cartes de nivellement et repère des tracés possibles pour d’éventuelles rigoles à des fins de capter l’eau des plus petits cours d’eau, de les réunir, de les acheminer vers le point de partage et pouvoir ainsi alimenter les deux versants (atlantique et méditerranéen ) de son futur canal.

Riquet a cinquante ans : il devient père de sa dernière fille légitime, Marie (dite Anne), et son projet de canal est quasiment « ficelé », même s’il lui faudra encore des années pour l’affiner et le peaufiner.

Jean-Pierre Janier

Le tome 5 de l’Histoire de la France et des Français au jour le jour par MM. A. Castelot et A. Decaux m’a beaucoup aidé pour la première partie historique de cet article.