1662

Le 2 décembre, le roi entre solennellement dans Dunkerque qui vient d’être rachetée aux Anglais et restera définitivement française : c’est sans doute la raison pour laquelle l’on dit que cette année-là fut glorieuse, mais pas à cause de cela seulement, bien sûr !
Un an et demi plus tôt, Mazarin meurt et Louis XIV, bien qu’accablé de chagrin, préside aussitôt en personne le conseil d’en-Haut. Il impose peu à peu son autorité à l’extérieur et les autres nations doivent, partout, céder le pas à la France… A l’intérieur, grâce à Colbert, qui a remplacé le surintendant Fouquet, arrêté et embastillé, les pauvres le deviennent un peu moins et le roi s’efforce personnellement de remédier aux disettes.
« En cette année, la première de son règne effectif, depuis la mort de Mazarin et la disgrâce de Fouquet – précisent MM. Castelot et Decaux – Louis XIV va mener de front avec une incomparable maîtrise les affaires intérieures et extérieures, la politique et l’amour, les distractions et les plaisirs. » En effet, sans négliger l’Infante à laquelle il donne ses deux premiers enfants, il s’éprend de Louise de la Vallière qu’il honore de ses fécondes assiduités.
Le soleil devient alors le symbole de son règne et il y ajoute le globe terrestre et la devise nec pluribus impar (mot à mot :  » non inégal à plusieurs soleils  ») c’est-à-dire « supérieur à tout le monde » !

François Andréossy, né le 1er juin 1633, d’origine toscane (plusieurs de ses ancêtres étaient sénateurs à Lucques) et qui deviendra l’ingénieur-niveleur-cartographe de Riquet, arrive à Narbonne vers 1656, puis retourne à Lucques toute l’année 1660. D’après le général, son arrière-petit-fils, auteur de Mémoires concernant le Canal, « il aurait profité de son séjour en Toscane pour visiter très attentivement tous les canaux dont ce beau pays abonde. » Le général prête à son aïeul ces propos : « A la fin de l’année 1660, à mon retour en France, je fis part à M. de Riquet de mes observations sur les canaux que je venais de visiter ; je détaillai différents ouvrages hydrauliques qui pouvaient s’adapter à toute espèce de canal de navigation… » Cela reste à prouver, mais il est probable que les deux hommes aient fait connaissance à cette époque et que Riquet n’ait pas tardé à le prendre à son service.
Il est certain, en revanche, que le 7 mars 1662, François Andréossy épouse Anne Legrand , comédienne de la troupe de Gaston, duc d’Orléans – gouverneur du Languedoc – elle-même fille du farceur  »Turlupin  ».(dans L’Étrange destin des Andréossy de Jean Robert et Jean-Denis Bergasse – Tome 3 – Le CANAL du MIDI – Des siècles d’aventure humaine.)

Mais c’est surtout pour Riquet lui-même que l’année 1662 est déterminante, puisqu’en effet , le 15 novembre, sur recommandation de Monseigneur d’Anglure de Bourlemont, archevêque de Toulouse, il adresse à Colbert une lettre et un mémoire dans lesquels il expose son premier projet de Canal et « quelques moyens de le financer », note le docteur ès lettres Michel Adgé dans le Volume 4 de la collection de J.D. Bergasse Le CANAL du MIDI – Grands moments et grands sites, avant de poursuivre : « Le principe de l’alimentation par les eaux de la Montagne Noire est déjà clairement conçu ( à l’exception du réservoir de Saint-Ferréol). Le tracé du Canal est par contre très différent de ce qu’il sera plus tard.(…) Le point de partage est fixé à Graissens » ( Voir notre site, dans la rubrique  »Correspondances de Riquet  », l’article de Claude Ménage et les documents cités en référence.) On peut dire alors que la grande aventure vient de commencer pour P.P. Riquet !

Jean-Pierre Janier