1664

C’est la grande « année Colbert », qui, selon MM. Castelot et Decaux « va inaugurer la politique économique et sociale à laquelle on a donné le nom de colbertisme, veiller à la transformation industrielle du royaume, protéger le commerce contre l’introduction de produits étrangers, entreprendre une politique coloniale active, tout en s’efforçant d’abaisser le taux des impôts. » Il présente notamment un mémoire sur le commerce dans lequel il s’inspire de ses « maîtres » Sully et Richelieu et s’intéresse aussi au port de Marseille et à « l’empire de la Méditerranée » ! Après la condamnation de Fouquet, en décembre, au bannissement perpétuel, peine aggravée par le roi en  »prison perpétuelle », Colbert, alias « le Nord » (dixit Mme de Sévigné), devient contrôleur général des finances, ce qui lui permettra, en quelques années, de réduire considérablement la dette de l’État.

Louis XIV se réconcilie avec Rome et exacerbe avec succès les tensions entre l’Angleterre et la Hollande. De surcroît, en compagnie de sa mère, sa femme et sa maîtresse, Louise de la Vallière, il préside aux premières grandes fêtes de Versailles – encore en chantier – festivités somptueuses pompeusement intitulées : « Plaisirs de l’isle enchantée », qui durent dix jours et au cours desquelles Molière, (dont le fils est le filleul du roi et qui sait que celui-ci exècre dévots et hypocrites), représente Tartuffe. La comédie sera finalement interdite par la reine mère, horrifiée, mais aussi atteinte d’un cancer et déjà très malade.

Pour Riquet également les enjeux sont cruciaux. Il vient d’abandonner le seuil de Graissens pour celui de Naurouze, mais, selon Michel Adgé, auteur de Chronologie des principaux événements de la construction du canal (1662-1694) dans le 4e volume de la collection de J.D. Bergasse LE CANAL DU MIDI, Grands Moments et Grands Sites (1985), « le tracé du Canal utilise toujours la Robine depuis Narbonne, l’Aude et le Fresquel, et de Naurouze, il rejoint Toulouse en aval du moulin du Bazacle, après avoir emprunté le lit de l’Hers. » …

En février, « les États du Languedoc, réunis depuis novembre, nomment leurs commissaires qui seront chargés d’examiner le projet avec les experts nommés par le roi l’année précédente. »

En avril « (le chevalier de) Clerville (commissaire général des fortifications) examine le tracé du futur canal » tandis que Riquet en prépare le piquetage sur le versant atlantique et dépêche ses amis Pierre Campmas et Isaac Roux en Montagne Noire pour réaliser le même travail sur le tracé des futures rigoles.

En novembre, la Commission nomme quatre experts dont François Andréossy déjà cité (voir année 1662) et dès le 8 du mois, les commissaires, assistés par Riquet, commencent la vérification du tracé, d’abord de Toulouse à Naurouze, déclarant que le canal est réalisable si l’on peut acheminer suffisamment d’eau au point de partage. Ils examinent ensuite les rivières de la Montagne Noire puis descendent jusqu’ à Carcassonne. Ils refusent alors d’utiliser l’Aude et préconisent de creuser un canal  »en plein drap », à côté de la rivière.

En décembre, ils vont d’abord jusqu’à l’Étang de Thau, qu’ils sondent, remontent ensuite de l’Hérault jusqu’à l’Orb puis le long du lit de l’Aude pour trouver le meilleur tracé et le jour de Noël – sans doute joyeux pour Riquet – ils rendent leur verdict que nous transcrit M. Adgé « Les eaux de la Montagne Noire seront suffisantes pour entretenir la navigation sur le Canal. Elles pourront être emmagasinées dans des réservoirs, et le Canal pourra par ailleurs être alimenté dans son cours par les autres rivières qu’il rencontrera. Enfin, le Canal lui-même est réalisable, moyennant la construction des écluses et autres ouvrages, et durera aussi longtemps que l’on prendra le soin de l’entretenir. »

Jean-Pierre Janier