1666

Le 20 janvier, la reine-mère, Anne d’Autriche, succombe à son incurable maladie (cancer du sein) et le roi en est profondément bouleversé. Il se prépare toutefois à la guerre, d’abord contre l’Angleterre (victime à quelques mois d’intervalle de la Peste et du Grand Incendie de Londres) en soutenant les catholiques irlandais, contre l’Espagne ensuite, en fortifiant ses alliances avec le Portugal, ennemi juré de ce pays.

Le jeune roi met également successivement enceintes sa maîtresse Louise de la Vallière qui accouchera le 17 octobre et la reine Marie-Thérèse qui donnera naissance à une petite fille, également prénommée Marie-Thérèse, le 2 janvier 1667.

Colbert poursuit sa politique protectionniste, fait signer au roi les premiers textes sur les manufactures et favorise les lettres, les arts et les sciences : en attestent l’Académie des sciences qui passe sous protection royale, la création de l’Académie de France à Rome, ainsi que l’apparition du Journal des savants en 1665, année où le « contrôleur général des Finances fait examiner les premiers projets de Riquet pour l’établissement du Canal des Deux-Mers qui doit unir l’Océan à la Méditerranée », comme l’expliquent MM. Castelot et Decaux dans Histoire de la France et des Français au jour le jour, Tome 5, (1643-1764) .

Cette année-là aussi, Molière donne Le Misanthrope, tandis que Racine prépare son premier grand chef-d’œuvre : Andromaque , qui sera jouée l’année suivante.

À la même période, Riquet fait creuser la Rigole d’Essai et fin octobre 1665, les eaux de la Montagne Noire arrivent avec succès et en suffisance au point de partage à Naurouze : le Canal pourra donc bien être alimenté et Riquet aura conséquemment gagné son pari !

Le Chevalier de Clerville, commissaire général aux fortifications mandaté par Colbert, rédige le devis définitif du Canal qui sera approuvé par le roi le 7 octobre. Une semaine plus tard, un arrêt du Conseil d’État rétablit Riquet et sa famille dans la noblesse.

Les travaux seront divisés en « deux entreprises », la première, comme le souligne Michel Adgé, dans le 4e volume de la collection de J.D. Bergasse sur le Canal du Midi, Grands Moments et grands Sites (1985), concerne la construction des rigoles et des réservoirs d’alimentation ainsi que le creusement du Canal de Toulouse à Trèbes. Le 16 du même mois, elle sera adjugée à Riquet qui offre 3 630 000 livres : et Louis XIV de signer le célèbre Édit de Saint-Germain-en Laye qui autorise la création du Canal.

Le 29 novembre 1666, les États du Languedoc, qui jusque là avaient refusé de participer au financement de l’ouvrage, acceptent finalement de consentir à une contribution annuelle de 500 000 livres pendant huit ans.

Tout est donc en place pour que débutent, dès l’année suivante, les travaux du Canal, conjointement à Saint-Ferréol et à l’écluse de Garonne à Toulouse.

Riquet a cinquante-sept ans révolus et son projet pharaonique semble être en passe de voir le jour !

Jean-Pierre Janier