1668

La guerre de Dévolution sur la succession d’Espagne commence un an plus tôt lorsque Louis XIV réclame les Pays-Bas au nom de sa femme Marie-Thérèse d’Autriche, fille de feu Philippe IV d’Espagne. Le roi fait envahir la Flandre par Turenne (qui s’empare successivement de Charleroi, Tournai, Douai, Courtrai, Lille, Alost…) et la Franche-Comté par le Grand Condé dès janvier 1668 : presque toute cette province est conquise à la mi-février. Le 2 mai, la paix est signée : par ce Traité d’Aix-la-Chapelle, la France conserve les douze places flamandes conquises par Turenne mais doit restituer la Franche-Comté … et Louis de songer déjà à une expédition punitive contre les Hollandais !

Le souverain signe aussi une grande ordonnance sur la réforme de la justice qui portera le nom de Code Louis et Colbert renforce le protectionnisme aux frontières en doublant les droits de douane afin de ruiner le commerce hollandais.

En septembre 1667, Louise de La Vallière avait donné naissance à un petit Louis, futur comte de Vermandois ; en novembre 1668, c’est au tour de la marquise de Montespan de donner au roi un fils qui sera confié à Françoise d’Aubigné !

Cette année-là, Molière donne L’Avare, Racine, Les Plaideurs, La Fontaine Le Premier Recueil de ses Fables , et Sébastien Le Prestre de Vauban devient commissaire aux fortifications du royaume.

L’année précédente les travaux avaient commencé sur les rigoles d’alimentation du Canal
(Riquet avait décidé de doubler la largeur de celle de la Plaine), ainsi qu’à Saint-Ferréol et à l’écluse de Garonne à Toulouse. Riquet s’était rendu à Agde et à Sète et avait proposé à Colbert de se charger des travaux du port de cette dernière, tout en songeant surtout à poursuivre son Canal de Trèbes à Sète.

Mais déjà, en cette année 1668, les difficultés commencent pour lui : l’intendant Tubeuf et le magistrat Thomas de Scorbiac, doyen des conseillers de la Religion à Castres, son rival malheureux dans l’entreprise du Canal, le dénigrent : « il est accusé de faire semblant de travailler au Canal (sic) tandis qu’il détourne à son profit l’argent du roi. » (dixit Michel Adgé) !

En mai, a lieu la première navigation de Naurouze à Revel sur la Rigole de la Plaine et le 13, le fief de la « première entreprise » est attribué à Riquet qui songe déjà à la seconde dont le devis sera achevé par le Chevalier de Clerville le mois suivant.

D’autres ennuis guettent Riquet : la révolte des Miquelets contre la gabelle commence en Roussillon : Riquet, dans un premier temps du moins, semble contenir ce mouvement ; de plus, Le Secq (le bien nommé, semble-t-il …) trésorier des États et adjoint de Reich de Pennautier, refuse de lui verser pour le Canal l’argent que lui a promis la Province !

La bonne nouvelle arrive cependant en toute fin d’année : le 31 décembre, Riquet propose de se charger des travaux de la « deuxième entreprise » qui prévoit l’achèvement du Canal de Trèbes à la mer et la construction des jetées du port de Sète pour la somme de 5 832 000 livres payables en huit ans : l’adjudication lui sera définitivement attribuée le 23 janvier suivant (Voir « chronologie » de Michel Adgé) .

Cette fois-ci, à près de soixante ans, Riquet régnera en maître absolu et sans partage sur son fief !

Jean-Pierre Janier