1670

En 1669, un accord entre le Saint-Siège, (soutenu par Louis XIV), et les jansénistes français, (pourtant hostiles à l’arbitraire royal), décidait de la réouverture provisoire de Port-Royal des Champs : c’était la « Paix de l’Église » ou « Paix clémentine » qui s’accompagnait « d’un véritable état de guerre sournoise contre les réformés », dont les libertés avaient été restreintes par le roi, précisent MM. Castelot et Decaux qui nomment cette période « le tournant du règne ». De plus, Henriette de France, reine d’Angleterre, fille d’Henri IV, tante de Louis XIV et mère d’Henriette d’Angleterre et de Charles II, qui servait de médiatrice entre les rois de France et d’Angleterre, s’éteignait en novembre. Sa fille, Henriette-Anne Stuart, dite Henriette d’Angleterre et épouse de Monsieur, frère du Roi-Soleil, reprend le rôle d’intermédiaire que jouait feu sa mère et devient l’instigatrice du Traité de Douvres (signé le 1er juin 1670) qui scelle le rapprochement entre les deux pays et stipule que le roi d’Angleterre déclarerait la guerre à la Hollande, ennemie de la France, et se convertirait au catholicisme.
Malheureusement, un mois à peine après la signature de ce traité, elle meurt, à vingt-six ans, sans doute d’une péritonite. Bossuet prononcera pour elle sa fameuse oraison funèbre : « Madame se meurt ! Madame est morte ! »

Le 31 mars, le roi est de nouveau papa : Madame de Montespan donne le jour à Louis-Auguste de Bourbon, futur duc du Maine.

Après Britannicus l’année précédente, Racine donne Bérénice, Molière Le Bourgeois Gentilhomme et Les Pensées de Blaise Pascal sont éditées à titre posthume.
C’est aussi l’année de la création de l’Hôtel royal des Invalides et du soulèvement des « angelets » en Roussillon, dans le Conflent et le Vallespir, paysans révoltés contre les autorités françaises qui avaient instauré la gabelle en 1661.

Riquet, en qualité de fermier des Gabelles, obtient un accord dans le Conflent en mai 1669 mais de nouveaux troubles éclatent en Roussillon et dans le Vallespir qui l’obligent à se rendre à Perpignan en 1670 : ils seront réprimés par l’envoi de 4 000 soldats français qui conduisent à la sévère défaite des « angelets ».
En mars 1669, avec près de 8 000 hommes, Riquet commence à creuser le bassin de Naurouze, en octobre le port de Cette (Sète), et, en décembre, la « Peyrade » à travers l’étang de Frontignan.

Dès janvier 1670, le canal est achevé de Toulouse à Castanet, et, le 9 mars, il est mis en eau mais des difficultés dans la manœuvre des vannes des portes d’écluses l’obligent à le remettre à sec. Riquet invente alors un nouvel « empèlement » et décide de démolir les écluses de Toulouse, de les agrandir et de leur donner leur forme ovoïde définitive pour une meilleure résistance. Il modifie aussi le profil du Canal en inclinant davantage les bords de la cuvette pour diminuer leur dégradation et augmenter la largeur du plan d’eau (voir « chronologie du Canal » par Michel Adgé.)

En juillet, à la demande de l’évêque de Saint-Papoul, Riquet décide de faire passer le Canal à Castelnaudary, mais Carcassonne le refuse !

Outre la trahison de François Andréossy qui, quelques mois auparavant, avait fait publier sa carte du Canal à l’insu de Riquet, ce dernier a toujours de gros problèmes financiers mais il entreprend cependant de creuser le Canal de Naurouze à Trèbes et dans le bas-Languedoc, tout en poursuivant les autres chantiers, et, à Noël, le port de Sète a déjà reçu 150 toises (= 292 mètres) de môle !

Jean-Pierre Janier