1672

Malgré une année d’intense activité diplomatique pour Louis XIV et ses ministres qui cherchent à assurer des alliances, la guerre de Hollande semble inéluctable. En février, « Louvois (fils de le Tellier) présente à Louis XIV son armée : c’est la plus grande et la plus puissante que l’Europe ait jamais connue : cent vingt mille hommes disciplinés, équipés, munis d’une arme nouvelle, la baïonnette (…) Les chefs de cette belle armée sont Condé, Turenne, Luxembourg, Vauban. » (commentent MM. Castelot et Decaux dans le Tome 5 de leur Histoire de la France et des Français au jour le jour .)

Le 24 mars 1672, Charles II d’Angleterre ouvre les hostilités contre la flotte hollandaise et trois jours plus tard, Louis XIV se propose à son tour de « châtier les Hollandais des mauvaises satisfactions qu’ils lui ont données. » … Mais le 7 juin, les flottes franco-anglaises sont défaites et le 20 juin les Hollandais décident d’ouvrir les écluses pour inonder le pays et arrêter les Français : si l’occupation française est très cruelle pour l’ennemi, l’année s’achève dans l’incertitude … Dans le royaume, la vie continue cependant : la construction du grand escalier de Versailles commence, les jardins et le grand canal prennent de l’ampleur, Colbert ouvre une Académie royale d’architecture, Lulli obtient la direction de l’Académie royale et nationale de musique et de danse, tandis que Louvois entre au Conseil d’en-haut et devient ministre d’État.

C’est également cette année-là que Mme de Sévigné devient la grande épistolière à qui nous devons tant de renseignements sur les événements de l’époque, que Racine donne Bajazet, tragédie orientale dans laquelle la jalousie transforme l’amour-passion en haine pour conduire à un bain de sang et que Molière, moins d’un an avant sa mort, retrouve la haute comédie en vers (qu’il souhaite élever à un rang égal à celui de la tragédie) avec Les Femmes Savantes .

En 1671, si Riquet connaît de grosses difficultés financières (il est toujours débiteur de Pennautier et il a du mal à encaisser l’argent qui lui est dû pour ses travaux, ce qui l’empêche même de doter ses filles et de les marier), les travaux se poursuivent au port de Sète, de là à l’étang de Thau, de l’étang à Béziers, ainsi qu’au bassin de Saint-Ferréol et de Naurouze à Castelnaudary. Il décide même, en accord avec l’inspecteur de La Feuille, de changer la route du Canal et, au lieu de franchir l’Aude à Trèbes, comme cela était prévu dans le devis de Clerville, de rester sur la rive gauche du fleuve. (1)
Tous deux examinent à sec le Canal de Toulouse à Naurouze, avant que cette portion ne soit mise en eau « en grande pompe » dans les trois premiers jours de janvier 1672, sous le haut patronage de l’archevêque de Toulouse, Pierre de Bonzi. Le 4 janvier, le canal est remis à sec pour « radouber » les écluses, selon le mot de M. Adgé qui guide mes pas dans cette chronologie, (c’est-à-dire ici les parfaire) et parachever ce tronçon. Riquet excelle désormais à les construire.
Les travaux se poursuivent de Naurouze à Castelnaudary et de Béziers à l’étang et ils débutent même entre Castelnaudary et Béziers, mais malheureusement Riquet commence à être malade…!

(1) La Carte de la Partie de Languedoc par laquelle se doit faire le Canal Royal de la Communication des Mers et celle de la rivière d’Aude à l’étang de Thau (1668) montre bien ce premier projet dans lequel le canal devait traverser 4 fois l’Aude : à Trèbes, se dirigeant sur Barbaira et Capendu et évitant Marseillette, avant de la franchir à nouveau entre Puichéric et Homps et une troisième fois non loin de Sallèles pour rejoindre Narbonne, comme c’est le cas aujourd’hui entre le canal de Jonction et le canal de la Robine. Après s’être lové autour de Narbonne, il devait la franchir une 4e fois au niveau de l’étang de Vendres et se diriger sur Agde, en évitant Capestang et Béziers.

Cette carte en a très largement inspiré une autre datant de 1669 : La Carte du Canal Royal de Communication des Mers en Languedoc, illustrée par le peintre italien Antonio Verrio, dite Carte de François Andréossy, que ce dernier offrit au roi à l’insu de Riquet et qui reprend exactement le même tracé !…

Jean-Pierre Janier