1676

Mil six cent soixante-seize est l’année de plusieurs victoires navales remportées par la flotte française sur les flottes hollandaise et espagnole au large de la Sicile. Ces batailles sont menées par le lieutenant général Abraham Duquesne, (sous les ordres de Louis-Victor de Rochechouart, duc de Vivonne, maréchal et vice-roi de Sicile), qui remporte les batailles d’Alicudi en janvier, d’Agosta en avril et surtout de Palerme en juin. Et tandis que la flotte française triomphe en Méditerranée, les Français reprennent Cayenne aux Hollandais en décembre.
C’est aussi l’année de la fondation du comptoir de Pondichéry aux Indes et de la création du Parlement de Besançon.
A l’intérieur, alors que Colbert s’évertue à trouver de l’argent pour combler un déficit croissant (24 millions), en créant la « caisse des emprunts », ancêtre de la Caisse d’Épargne…), « l’affaire des poisons » connaît un rebondissement : la marquise de Brinvilliers est exécutée le 17 juillet ainsi que plusieurs dizaines d’autres personnes. Mme de Sévigné souligne que « cette affaire occupe tout Paris ». Elle compromet notamment Pierre Louis Reich de Pennautier que la Brinvilliers menaçait en ces termes : « S’il dégoutte sur moi, il pleuvra sur Penautier ! » Le Trésorier des États de Languedoc sera en effet « éclaboussé » et passera treize mois en prison à la Conciergerie. Il sera libéré l’année suivante grâce à l’intervention de nombreux ecclésiastiques (dont le cardinal de Bonzi, président-né – depuis peu – de ces mêmes États) et prêtera cependant encore, et à la demande de Colbert, plus de 500 000 livres à Riquet pour terminer le Canal du Midi !

En l’an de grâce 1676, débute la construction d’ouvrages majeurs du Canal, comme l’écluse ronde d’Agde, édifiée en pierre volcanique, d’un diamètre de 29,20 mètres et d’une profondeur de 5,20 mètres, que François Andréossy dessinera et appellera « la Triple Écluse Ronde d’Agde » puisqu’elle dessert, en effet, trois niveaux ! C’est encore cette année-là que commence la construction des chaussées d’Orbiel, d’Argent-double et de Cesse qui, si, dans un premier temps font florès et sont, à juste titre, considérées comme « merveilles du canal », seront vite abandonnées pour cause d’ensablement et remplacées par des aqueducs et ponts-canaux, une douzaine d’années plus tard seulement…
Et c’est précisément ce type d’ouvrage que Riquet initie sur le Canal dès cette année 1676. En décembre, il signe une convention avec Emmanuel de l’Estang, entrepreneur en maçonnerie, architecte et ingénieur des Travaux du roi, qui, dès le printemps suivant, adresse à Riquet un plan et une lettre attestant que « les études du pont-canal de Répudre sont achevées et qu’il prépare le chantier par l’achat de pierres et de matériaux. » Les travaux commenceront effectivement en septembre 1677.
‘Seize cent soixante-seize’, enfin, marque l’acmé des difficultés financières de Riquet, pour lequel Colbert n’éprouve plus seulement de la défiance mais de la méfiance. Il trouve exagéré le coût des travaux supplémentaires et exige de l’intendant d’Aguesseau qu’il l’encadre et le recadre encore plus étroitement.
Avec Clerville, Pierre-Paul visite le port de Sète en voie d’achèvement et, comme le souligne Michel Adgé, « le canal reliant le port à l’étang de Thau est presque achevé », ce qui lui verse alors, probablement, un peu de baume au cœur, d’autant plus que l’aqueduc de Castries, qu’il a conçu, vient d’être achevé et produit 120m3 d’eau par jour !

Jean-Pierre Janier