1678

Louis XIV a quarante ans, il vient de mettre fin à la guerre de Hollande qui s’éternisait depuis plus de six ans et d’obtenir une paix glorieuse scellée, le dix août 1678, par le traité de Nimègue entre les Provinces-Unies et la France.
Le royaume y gagne, sur ses frontières, la Franche-Comté, quelques places fortes flamandes, ainsi que Aire, Saint-Omer, Ypres, Cambrai, Bouchain, Condé-sur-l’Escaut, Maubeuge, Bavay, et Valenciennes notamment. La France étend également ses possessions ultramarines aux Caraïbes avec la Trinité, Tobago, Saint-Vincent, La Dominique et Sainte-Lucie.
« Le Roi-Soleil est au zénith », selon les mots de MM. Castelot et Decaux dans le tome 5 de leur Histoire de le France et des Français au jour le jour : la frontière au nord du royaume est consolidée par « le génie de Vauban qui lui confère une impression d’invincibilité ». Louis le Grand devient « l’arbitre de toute l’Europe » et peut de nouveau se consacrer au symbole matériel de sa puissance : le château de Versailles dont il veut faire la résidence habituelle de la cour. Il charge Jules Hardouin-Mansart d’agrandir le château jusqu’à la démesure : il construira ainsi de nouvelles écuries, le Grand Commun (c’est-à-dire les bâtiments de service) et, sur le parc, d’édifier, au premier étage, entre les deux ailes, la Grande Galerie, plus connue sous le nom d’aile du Midi.
En cette année 1678 également,  naît le compositeur italien Antonio Vivaldi, Marie-Madeleine de La Fayette publie son roman La Princesse de Clèves et La Fontaine, rappelons-le, nous offre ses Fables les plus achevées (Livres VII à XI).

Jean-Matthias, le fils aîné de Riquet, a quarante ans lui aussi, c’est le conscrit de Sa Majesté et, depuis que son père est malade, l’intermédiaire privilégié entre ce dernier et Colbert. En juin, le ministre informe Riquet d’un prochain voyage du roi sur le Canal : « Je suis bien aise de vous avertir de bonne heure que le Roi ira en Languedoc l’année prochaine pour visiter le canal de communication des mers. Faites bien  réflexion de quel avantage ce serait pour vous et toute votre famille que le Roi, arrivant sur les lieux, vît tous vos ouvrages achevés et surtout, en même temps, passer un bâtiment de la Méditerranée dans l’Océan »…Suivent quelques flatteries et autres menaces pour stimuler l’ardeur d’un Riquet qui avance en âge (il va sur ses soixante-dix ans), qui est malade, accablé de dettes et bientôt insolvable. Ce grand projet galvanise sans doute Riquet mais ce voyage, d’une part, n’aura jamais lieu et les travaux que Riquet envisage, d’autre part, de faire ou d’achever en 1679, en accord avec l’inspecteur de La Feuille et l’intendant d’Aguesseau, à savoir une cinquantaine d’écluses, l’aqueduc de Répudre, les chaussées d’Orbiel, de la Redorte, de Cesse, d’Ognon, du Fresquel et autres ouvrages s’avèreront, bien sûr, mission impossible dans d’aussi courts délais !

Jean-Pierre Janier