1679

C’est le 5 février qu’est signée la paix de Nimègue entre la France et le Saint-Empire, mettant un terme définitif à la guerre de Hollande et Louis XIV obtient de l’Espagne le sud des Pays-Bas, Cambrai, Valenciennes et Maubeuge.
Le 29 juin, le roi signe Le traité de Saint-Germain-en-Laye et le Grand Électeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume, conclut la paix avec la France.
En septembre, le Parlement de Besançon décide de réunir à la couronne 80 villages du comté de Montbéliard dépendant de la Franche-Comté : c’est le début de « la politique des réunions » orchestrée par Charles Colbert de Croissy, frère de Jean-Baptiste, qui remplacera Pomponne tombé en disgrâce, et dirigera dès lors les Affaires étrangères. Cette politique d’annexion menée par le roi en pleine paix et en pleins pays étrangers, sous prétexte de ne faire des territoires conquis qu’un seul tenant, a en réalité pour dessein de renforcer les frontières nord-est de la France, et s’étendra bientôt à la Lorraine et à l’Alsace…

Vauban, commissaire général aux fortifications, commence alors à édifier un système de citadelles protégeant les frontières, forteresses adaptées aux progrès de l’artillerie. L’armée du roi compte, à cette époque, 137 000 hommes.
Le 13 mars, la Voisin est arrêtée avant d’être brûlée sur la place de Grève l’année suivante : l’affaire des poisons éclate enfin au grand jour et, dès le mois suivant, le roi instaure une nouvelle Chambre ardente, « commission chargée de faire le procès aux empoisonneurs et aux magiciens. »
Cette année-là, Denis Papin construit le Digesteur, ancêtre de l’autocuiseur.
Ce calviniste s’est exilé à Londres en 1675, pressentant la révocation de l’Édit de Nantes. En effet, au lendemain de la guerre, commence une période de harcèlement continu contre les protestants que fomente le roi lui-même !
Outre-Manche enfin est signé l’Acte d’Habeas Corpus, qui « garantit la liberté individuelle et protège contre les arrestations arbitraires ». (Larousse)

Dans l’histoire du canal, l’année 1679 restera indubitablement celle d’une grande première en matière de navigation fluviale : le percement du tunnel de Malpas sous la colline d’Ensérune, célèbre pour son oppidum occupé depuis le VIe siècle avant J.C. et dominant l’étang de Montady, asséché par des moines cisterciens au milieu du XIIIe siècle de notre ère. Au début du mois d’octobre, négligeant les sages conseils du chevalier de Clerville qui voulait traverser l’Aude, à l’insu de tous, notamment de l’intendant d’Aguesseau et même contre l’avis de Colbert, Riquet entreprend le percement du tunnel dans du grès très friable (sorte de « tuf ») et sujet aux éboulements, avec l’aide du maître-maçon local Pascal de Nissan qui poursuit les travaux en secret !
Riquet, vieux et malade, n’a plus un sou vaillant et Colbert doit intervenir auprès des États du Languedoc pour qu’il puisse à nouveau emprunter et payer ses ouvriers avant la mauvaise saison … Aux difficultés du percement du premier tunnel fluvial au monde, s’ajoutent celles de l’enfilade d’Argeliers où « le canal est entaillé sur plus de deux kilomètres dans un poudingue cristallisé poreux mais très dur.» Et le procès-verbal de réception des travaux datant de 1684 de conclure : « Ce travail n’avait été fait qu’avec la poudre et les pétards que l’on enfermait dans des boîtes de fer blanc à cause des veines d’eau qui se trouvaient fréquentes entre les cailloux ».
Riquet vient de se lancer ses derniers défis : mais, pourra-t-il les relever avant que ne le surprenne la mort ?

Jean-Pierre Janier