1680

En l’an 1680, la Comédie-Française est fondée à Paris par fusion des troupes de Molière et de l’Hôtel de Bourgogne. Madeleine de Scudéry (surnommée « Sapho » à l’époque de la préciosité et de sa carte de Tendre) publie la Morale du Monde ou Conversations, et, tandis que la duchesse Louise de la Vallière termine la rédaction de Réflexions sur la miséricorde de Dieu, sa fille, légitimée par le roi, Marie-Anne de Bourbon, dite « la première Mademoiselle de Blois », âgée de 14 ans, épouse le Prince de Conti.

A la cour, la faveur de Madame de Maintenon (que Mme de Sévigné surnomme « l’enrhumée »), détrône celle de Madame de Montespan auprès du roi. De trois ans son aînée, elle exerce sur lui une influence prépondérante dans les domaines religieux et politique. Elle devient conjointement « la dame d’atours » de la dauphine et la maîtresse du roi. « En 1680, le Roi-Soleil – s’amusent MM. Castelot et Decaux – était un vieillard de quarante-deux ans » !
Le temps se couvre pour les protestants : déjà en février, après qu’interdiction eut été faite aux catholiques de se convertir à la religion protestante, les femmes de cette confession ne peuvent exercer le métier de sages-femmes, puis, en août, tous sont exclus des services de la taille et des offices de justice subalterne. En novembre enfin, leur sont interdits les mariages avec des catholiques …
Cette année-là meurent Nicolas Fouquet, le surintendant des finances déchu et emprisonné à Pignerol depuis 1664, ainsi que l’écrivain et moraliste François VI de la Rochefoucauld, écrivain et auteur des Sentences et Maximes morales.

C’est aussi, le 1er octobre que décède Pierre-Paul Riquet, à bout de forces et couvert de dettes dans son domaine toulousain de Frescaty, laissant, comme le souligne Monique Dollin du Fresnel dans son remarquable ouvrage sur son ancêtre « une œuvre immense mais inachevée» ! (Voir notre rubrique ‘bibliographie’). Le lendemain, en la cathédrale Saint-Étienne, eurent lieu les obsèques du fondateur du canal en présence de sa femme, de ses trois filles, de ses deux gendres et de son fidèle ami Louis de Froidour, mais en l’absence de ses fils. Colbert, pour toute oraison funèbre, dira plus tard : « La mort du sieur Riquet (…) me donne un peu de crainte que nos travaux du canal n’en soient retardés. »

Et c’est vrai que le canal n’est pas terminé : il reste notamment à finir d’excaver l’enfilade d’Argeliers, à achever le pont-canal de Répudre, (puisque l’entrepreneur et ingénieur du roi Emmanuel de l’Estang n’a pas rempli son contrat jusqu’à son terme), ainsi que le tunnel du Malpas que le cardinal de Bonzi, président-né des États du Languedoc, venait de découvrir en s’écriant : « qu’il allait faire de cette montagne et ce canal souterrain un second Pausilippe qui serait bien plus curieux que celui de Naples ! »

Mais une autre montagne, beaucoup plus élevée, se profile devant les enfants de Riquet et notamment son fils aîné Jean-Mathias (que Colbert a pressé, conjointement avec André Pouget*, nouveau fermier général des gabelles du Languedoc, de terminer le canal) : celle des dettes de feu le gabelou qui sont estimées à plus de deux millions ! Les biens du défunt sont évalués pour contribuer à les apurer ; les États prêtent 400 000 livres et Pouget lui-même a déjà prêté 600 000 livres* mais le temps presse car l’inspecteur de La Feuille estime que le canal doit être mis en eau à la fin de décembre …

Jean-Pierre Janier