1681

Mil six cent quatre-vingt-un est l’année des « dragonnades », c’est-à-dire des persécutions menées par Louis XIV contre les protestants : 38 000 se convertissent en quelques mois et Louvois étend ce système à toute la France. Le 30 octobre, l’assemblée extraordinaire du Clergé, dirigée par Bossuet, tout nouvel évêque de Meaux, (« l’Aigle de Meaux ») qui vient de publier son Discours sur l’Histoire universelle, signe la déclaration du Clergé de France, résolument anti-huguenote.
Le même mois, Strasbourg, ville libre impériale, capitule après un siège éphémère, et devant le roi Louis XIV, la cité, au son des cloches et des canons, restitue sa cathédrale au culte catholique.
Le roi pleure la mort, à l’âge de vingt ans, de la duchesse de Fontanges « belle comme un ange mais sotte comme un panier », sa dernière favorite « en titre » …
Jean-Baptiste Lully donne son opéra-ballet Le Triomphe de l’amour, et devient secrétaire du roi, Dom Pérignon produit son premier champagne, tandis que débute, au château de Versailles, la construction de l’orangerie et des « Cent Marches » par Jules Hardouin–Mansart.
Riquet ayant échoué à amener de l’eau de la Loire à Versailles pour alimenter les jardins et le parc, à cause d’une dénivellation jugée trop faible, un maître charpentier et mécanicien liégeois, Rennequin Sualem, conçoit et commence la réalisation de la très onéreuse machine de Marly, gigantesque dispositif de pompage des eaux de la Seine à Bougival. Terminée l’année suivante, elle fonctionnera jusqu’en 1817 !

Pierre-Paul Riquet est mort quelques mois plus tôt, quelques mois avant l’inauguration solennelle de son canal, « le plus cher de ses enfants » et l’adjectif n’est pas surfait, puisque, s’il n’est pas mort « ruiné » – son canal représentant un bien considérable – il laisse une dette énorme que ses descendants devront apurer pendant plus d’un demi-siècle.
Jean-Mathias, son fils aîné, n’hésite pas à se lancer dans l’achèvement de l’œuvre de feu son père. Il demande à Colbert qu’une vérification du canal et de son système d’alimentation soit faite « à sec ». Elle l’est, début mai, de l’étang de Thau jusqu’à Toulouse par l’intendant d’Aguesseau, l’ingénieur inspecteur de La Feuille et le père Mourgues, jésuite mathématicien, en compagnie des fils et gendres de Riquet et de quelques autres personnalités comme François Andréossy.
L’inspection ayant été un succès, le canal est mis en eau, et le 15 mai, la barque amirale (ou inaugurale) commandée par Riquet lui-même quelques années plus tôt, quitte Toulouse en présence de Monseigneur de Bonzi, archevêque de Narbonne et Président-né des États du Languedoc, en direction de Castelnaudary où elle fait étape pour une grande cérémonie religieuse à l’église Saint-Roch, avant de repartir deux jours plus tard, de s’arrêter à Villepinte le 20, à Pennautier le 21, à Puichéric le 22 et le 23 à Roubia. Le 24 mai enfin, après avoir franchi le tunnel du Malpas et l’escalier d’eau de Fonsérannes, elle arrive triomphalement à Béziers, où roulements de tambours et sonneries de trompettes répondent à coups de canon et cris de joie !

Sept mois après la mort de Riquet, c’est l’apothéose à titre posthume !

Le canal est alors remis « à sec » pour contrôler et terminer certains ouvrages, en attente d’une nouvelle navigation solennelle deux ans plus tard.

Jean-Pierre Janier