1683

Cette année-là, la France perd un de ses grands serviteurs : Jean-Baptiste Colbert, trois ans à peine après Riquet. Si son fils, le marquis de Seignelay, hérite de son poste à la tête de la Marine royale et à la Maison du Roi, c’est Louvois qui devient surintendant général des Bâtiments, des Arts et Manufactures de France et, sous son influence, la persécution contre les protestants ( jusque là protégés par Colbert à cause de leurs activités financières et industrielles) reprend : Ils sont d’abord exclus des charges dans les maisons royales ou princières puis ne peuvent plus prétendre aux charges de secrétaires du roi !
Louis XIV, qui s’était définitivement établi à Versailles avec sa cour en mai 1682, aurait, peu après le décès de son ministre, épousé en secret Madame de Maintenon.
Le 26 octobre, l’Espagne déclare la guerre à la France mais quelques semaines plus tard, le maréchal d’Humières et Vauban s’emparent de Courtrai et Dixmude, deux des cinq territoires à l’origine d’un conflit qui se terminera l’année suivante par la trêve de Ratisbonne, dont le grand bénéficiaire sera Louis XIV.

L’année précédente, le canal, remis à sec, est parachevé et la navigation peut reprendre en fin d’année. L’entreprise rapporte et ses bénéfices permettent aux héritiers de Riquet d’apaiser un peu la colère de quelques créanciers. Jean-Mathias demande et obtient de Colbert d’être déchargé des travaux du port de Sète, mais ce dernier postule que les revenus du canal devront être suffisants pour couvrir les frais d’entretien pendant les premières années de fonctionnement de l’ouvrage. Dans le cas contraire, les propriétaires auraient à y pourvoir !
Du 31 mars au 9 avril, une seconde navigation solennelle se fait de la Méditerranée vers Toulouse, cette fois-ci. Un convoi de trois barques, sur lesquelles naviguent l’intendant d’Aguesseau et le père Mourgues notamment, quitte Sète pour Toulouse : ce périple de onze jours est un succès et le rapport qu’ils en font à Colbert lui apporte l’une de ses dernières satisfactions.
Les personnes et les marchandises peuvent alors circuler régulièrement sur toute la longueur du canal, même s’il faut quatre jours depuis Agde pour rallier Toulouse ! Les passagers de la barque de poste ont tout loisir cependant d’occuper ces longues heures en jouant au jeu de l’oye du canal royal, que François Andréossy a inventé et dédié au cardinal de Bonzi, archevêque de Narbonne et président-né des États du Languedoc.

Malheureusement de gros soucis guettent encore les héritiers de Riquet : le canal rencontre trop de cours d’eau (ruisseaux et rivières) qu’il croise à niveau grâce à des chaussées et il commence à s’ensabler : Jean-Mathias craint alors que le canal de son père ne devienne purement et simplement inutilisable !

Jean-Pierre Janier