1685

Le grand Pierre Corneille venait de disparaître et Nicolas Boileau d’être reçu à l’Académie française, la Grande Galerie du Château de Versailles (future galerie des Glaces) s’était illuminée, l’aile du nord commençait à sortir de terre et, tandis que Cette (Sète depuis 1927) devenait commune à part entière, Nicolas de Lamoignon de Basville remplaçait Henri d’Aguesseau en tant qu’intendant du Languedoc pour s’illustrer comme l’impitoyable ennemi des Protestants.

En effet, 1685 restera à tout jamais l’année de l’Édit de Fontainebleau (révoquant l’Édit de Nantes datant de 1598) signé par Louis XIV et le chancelier Michel Le Tellier, père de Louvois et adversaire passionné des Huguenots, quelques jours seulement avant sa mort.
Le culte protestant est interdit et les Calvinistes doivent se convertir au catholicisme. Sur les quelque 850 000 protestants d’une France qui compte 21,8 millions d’habitants (moins de 4%), plus de 200 000, soit le quart, émigrent vers l’Angleterre, les Provinces-Unies, l’Allemagne et la Suisse, tandis que les autres se convertissent. Ils seront toutefois nombreux à porter, trois ans plus tard, en signe d’insoumission, la croix huguenote, créée par Maystre, un orfèvre nîmois.
Ainsi, Thomas de Scorbiac, le rival malheureux de P.P. Riquet dans l’entreprise du canal en 1665-1666, abjure-t-il sa foi devant le roi en personne qui lui accorde une pension annuelle de 3 000 livres.

L’intendant d’Aguesseau, avait dressé, en juillet 1684, lors de la troisième navigation solennelle, le procès-verbal de l’état des ouvrages du canal. Deux mois plus tard le Conseil d’État fixait les droits de péage sur le canal et, en novembre, signait la réception des travaux qui déchargeait l’entrepreneur.

Malheureusement, dans le courant de 1685, de grosses difficultés apparaissent : de nombreux riverains se plaignent que la présence du canal aggrave les inondations sur leurs terres. En effet, les rivières et les ruisseaux, se jettent encore à cette date directement dans le canal et l’ensablent, les terriers se dégradent et les débordements, comme le souligne Michel Adgé dans sa chronologie du Canal déjà citée, sont de plus en plus fréquents, à tel point que l’on pense même à abandonner le grand œuvre de Riquet !

C’est pourquoi, Jean-Mathias, son fils aîné et « dauphin », écrit au marquis de Seignelay (qui lui aussi a succédé à son père, le grand Colbert) pour lui faire part de ses plus vives inquiétudes. Ce dernier, secrétaire d’État de la Marine, décide alors d’envoyer sur place le « commissaire général des fortifications » en poste depuis sept ans, Sébastien le Prestre de Vauban, pour qu’il tente d’y remédier …

Jean-Pierre Janier