Michel COTTE

riquet-bibliographie5Michel COTTE, « maître de conférences en histoire des techniques à l’université de technologie de Belfort-Montbéliard (…) a suscité la démarche de candidature qui a obtenu le classement du Canal du Midi sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO » avant de publier, quelques années plus tard :

Le Canal du Midi

«Merveille de l’Europe» ( Editions Belin-Herscher )

Cet ouvrage lie intrinsèquement le personnage de génie que fut Pierre-Paul Riquet à la réalisation de son grand dessein: le creusement du Grand Canal Royal en Languedoc.

Dès le premier chapitre, l’auteur analyse, à travers le regard de Riquet, la faisabilité d’un canal entre Méditerranée et Atlantique en revenant sur les projets antérieurs dans la région ainsi que sur le modèle que fut pour lui le Canal de Briare.

Il insiste parallèlement sur son idée de génie d’acheminer toute l’année suffisamment d’eau au bief de partage de Naurouze.

Le second chapitre traite des problèmes techniques rencontrés, notamment le choix du tracé définitif à travers le Minervois : « le grand rêve transocéanique prend sa source en Languedoc à travers  »l’isthme gaulois » » afin de mieux faire pièce au commerce espagnol et de favoriser l’acheminement des céréales, du vin , du bois et autres matériaux de construction … Il aboutira en octobre 1666 à la signature par Louis XIV de l’Edit royal de Saint-Germain-en Laye qui érige l’entreprise en fief et promeut Riquet « seigneur » dudit fief.

Dans le troisième chapitre, nous découvrons comment Riquet gagna son pari d’édification de la « Merveille de l’Europe » grâce à ses talents de « meneur d’hommes et de grand entrepreneur ». Nous y apprenons aussi tous les problèmes auxquels il eut à faire face et qui le conduisirent à trouver des solutions originales pour le franchissement du Répudre, du Libron et du seuil d’Ensérune. Il relate malheureusement aussi la mort de Riquet environ six mois avant la première mise en eau du canal en mai 1681 et sa difficile succession par Vauban et Antoine Niquet qui assurèrent les travaux de parachèvement de l’ouvrage jusqu’en 1694.

Le chapitre quatre analyse la gestion du canal pensée pour favoriser le développement de l’économie régionale, le service de poste et le trafic des voyageurs au XVIII siècle. Des livres sont écrits, de célèbres passagers de la barque de poste et autres embarcations racontent le canal alors que les embranchements vers Narbonne et la Nouvelle ainsi qu’à travers Carcassonne sont réalisés.

Le cinquième chapitre aborde l’influence de la Révolution de 1789 ainsi que celle de la « révolution ferroviaire » de la seconde moitié du XIX siècle .Cette dernière est, selon l’auteur, la période à laquelle « les Languedociens découvrent Riquet, génial créateur du Canal et le hissent au rang de héros » . D’autres canaux français et britanniques creusés alors doivent beaucoup à l’exemplarité du Canal du Languedoc.

C’est l’analyse de l’évolution du Canal « au fil des républiques » ( de la IIe à la Ve ) que nous présente le sixième chapitre : mise sous tutelle en 1858 par la Compagnie des chemins de fer du Midi, rachat par l’Etat en 1898 et classement au Patrimoine de l’Humanité en 1996 après, hélas, la défiguration d’une quinzaine d’ouvrages d’art au moment de la mise aux normes Freycinet, aussi incomplète qu’obsolète et inutile dans les années 1970.

Le septième et dernier chapitre est consacré au quatrième siècle d’existence d’un canal qui – loin d’être déclassé – devient, au contraire, officiellement , à plus de trois cents ans, « le fleuron patrimonial » de sa catégorie, et cela même s’il est réservé alors à un usage exclusivement touristique.

On trouvera en outre dans cet ouvrage très dense et très riche, seize planches couleur, des reproductions de cartes postales anciennes ou récentes, des croquis et surtout un admirable tableau chronologique des événements de 1598 à 2001 : un incontournable dans la bibliothèque de tout canalophile amoureux de Pierre-Paul Riquet !

Jean-Pierre Janier