Michèle TEYSSEYRE (2)

couv_pigasse_EDCBDS3Moi, Jean Pigasse, ouvrier du Canal
Michèle Teysseyre
(Éditions du Cabardès, 2e trimestre 2017)

À l’instar des photographes et autres cinéastes, les écrivains savent fort bien jouer des angles de prise de vue…

 « La plongée » consiste à considérer le(s) modèle(s) de haut (en bas), comme le roi apprécie ses sujets avec plus ou moins de condescendance,  ou « ces Grands Messieurs » toisent leurs (petites) gens…

C’est ainsi que Michèle Teysseyre dans Monsieur Riquet, en 2013, nous avait brossé la fresque du « Grand Gabelou », Pierre-Paul Riquet, régissant ses employés, tous au service de son noble projet : la réalisation du canal de communication des deux mers.

 « La contre-plongée » est le procédé inverse dont elle use ici : un modeste petit ouvrier, un humble tâcheron de la France d’en bas, ose lever les yeux vers ses employeurs et raconte sa propre histoire, depuis le début de l’aventure du Canal jusqu’à la mort du Roi-Soleil, et même au-delà, jusqu’à sa propre mort.  Il nous livre les vicissitudes de plus d’un demi-siècle de sa dure existence, au fil des ans, au fil de l’eau !

 Dans le style aérien, voire arachnéen qui lui est propre, l’auteur nous peint des paysages et des sites véridiques avec un réalisme exceptionnel. Les personnages, les métiers du temps, les scènes de la vie courante, même les odeurs et les parfums s’offrent à nous dans toute leur authenticité, rehaussés d’expressions locales hautes en couleur qui savent tout aussi bien traduire les conflits sociaux que les drames humains.

 Le récit coule en pente douce, comme sourd et court vers la mer l’eau de la Montagne, et le lecteur découvre, chemin (liquide) faisant, tous les sites majeurs du grand œuvre de Riquet car, sans en rien laisser paraître, cet ouvrage foisonne de grandes vertus didactiques et, page après page, le lecteur découvre, grâce à la maestria littéraire de Michèle Teysseyre, tous les arcanes du plus grand chantier de génie civil du siècle de Louis XIV !

 

J.P. Janier