Michèle TEYSSEYRE

livre-monsieur-riquetDe la Sérénissime à la Ville éternelle, de la Renaissance au siècle des Lumières, Michèle Teysseyre nous avait déjà, dans ses livres précédents, fait naviguer entre le monde de la gastronomie et l’univers de la peinture et de la poésie vénitiennes, nous régalant tour à tour de nourritures terrestres et de mets savoureux de l’art et de l’esprit.

Dans son dernier ouvrage, Monsieur Riquet, c’est sur le canal royal en Languedoc, aujourd’hui canal du Midi, qu’elle nous invite à « voguer » à la découverte de son créateur qui, si largement, aura contribué à la grandeur du siècle du Roi-Soleil.

Michèle Teysseyre, en artiste peintre, nous brosse ici le portrait de son héros par le truchement de son faire-valoir, de son porte-parole, de son bras droit, de son premier violon, de son éternel second – qu’on le nomme comme on voudra – mais surtout de son assistant ô combien indispensable, irremplaçable, inégalable et indéfectible, c’est-à-dire de son cartographe François Andréossy, dont elle fera tout naturellement son narrateur.

Portraitiste professionnelle de talent, l’auteur procède par petites touches légères, dans de courtes séquences, afin d’élaborer la grande fresque historique du canal et d’autres réalisations dues à Riquet, tout en parvenant à sonder l’âme de chacun de ses protagonistes jusque dans son tréfonds.

Tous les grands moments, tous les grands sites réalisés sont ici subtilement répertoriés, tous les grands hommes du Grand Siècle y sont minutieusement évoqués (en respectant une chronologie sans faille, bien qu’habilement, aucune date ne soit mentionnée pour ne pas alourdir le récit), et tous les obstacles inhérents à la charge de fermier général des Gabelles occupée par Riquet ou à ses obligations d’adjudicataire du canal y sont consignés avec la plus grande rigueur historique.

Mais les grands de ce monde sont aussi, sont d’abord des hommes : c’est pourquoi l’écrivain laisse vagabonder son inspiration littéraire : les cœurs battent, les cœurs saignent, les collaborateurs deviennent rivaux, et pas seulement à propos des vicissitudes sociales de la gabelle ou des péripéties des travaux du canal… Leurs amours ancillaires connaîtront concomitamment des destinées diverses, des fortunes adverses et des destins tragiques.

Et c’est là que la femme de lettres donne la pleine mesure de son art et nous émeut, tant par la profondeur et la finesse de ses analyses psychologiques que par la justesse du ton dont elle use pour nous faire entrer en communion avec son …, avec ses héros et leurs êtres chers !

Alors oui, décidément, répétons-le à Michèle Teysseyre qui a brillamment rempli son contrat : « C’est un beau roman, c’est une belle histoire, c’est une romance d’aujourd’hui…» mais à dessein de chanter hier et de glorifier un, ou plutôt deux grands serviteurs de la France de Louis le Grand !

Jean-Pierre Janier

Cet ouvrage a obtenu deux prix littéraires :
1 – Prix spécial du Jury « Gourmets de Lettres » sous l’égide des Jeux Floraux 2014
2 – Prix spécial du Jury 20e salon du Livre d’Histoire de Mirepoix 2014