Mireille OBLIN-BRIERE (2)

riquet-10RIQUET, le génie des eaux
PORTRAIT INTIME

Mireille OBLIN-BRIERE
(Editions Privat avril 2012)

Ton vif, emporté, percutant quelquefois, savoureuses « saillies », croustillantes anecdotes, formules-chocs, humour omniprésent, tout cela au service de la gravité d’une rigueur historique jamais démentie : tel se présente le cinquième livre de Mireille Oblin-Brière, le troisième sur le thème du canal du Midi et cette fois-ci tout spécifiquement sur son concepteur.

Cet ouvrage est doublement préfacé par Guy Vallery-Radot, président émérite de l’association Riquet et son Canal et par Michel Adgé, titulaire d’un doctorat d’État d’Histoire pour sa thèse intitulée : La Construction du Canal Royal de la Jonction des Mers en Languedoc (Montpellier, 2011).

Et là, l’auteur qui jouait déjà dans la cour des grands, donne sa pleine mesure : elle s’appuie sur des documents historiques, des archives ou encore sur les découvertes avérées d’autres chercheurs qu’elle se plaît à citer pour rendre à chacun ce qu’elle lui doit, se référant notamment à Michel Adgé, Jean-Denis Bergasse, Gabriel Bernet, Jeannine Pibouleau, Martine Rouche et « ces dames de Mirepoix », Gérard Crevon, J. Michel Sicard, Henry de Roaldès, Michel Zbinden et à bien d’autres érudits encore !

Comme Riquet savait faire siennes les meilleures idées des autres, Mireille sait reprendre, entre guillemets, les trouvailles de tous ces chercheurs et les compléter par des données historiques nouvelles indubitables, ou, lorsqu’elle n’est pas sûre, prendre mille précautions pour ne pas leurrer le lecteur. Pour ce faire, elle suit la chronologie des événements et parfois se laisse emporter dans le temps par une exaltation vite maîtrisée cependant, puisqu’elle revient « dans les clous » en s’excusant : « Mais, ne brûlons pas les étapes !… » En résumé « du pur et dur », comme elle le confie en privé !

Sans déflorer cette biographie que tout « riquetophile » se doit d’avoir étudiée, je ne peux que reprendre ici quelques-uns des innombrables traits de caractère que l’auteur nous révèle dans ces quelque cinq cents pages, car c’est bien le portrait de ce personnage hors du commun qu’elle nous brosse ici, un portrait souvent intimiste – et cela est nouveau – à la lumière de lettres que Riquet adressait à Bernard Aliès, son homme de confiance parisien, correspondance qui nous aide à mieux cerner l’homme dans sa vie quotidienne.

Nous connaissions l’entrepreneur au caractère bien trempé, solide, efficace, fougueux, infatigable meneur d’hommes, possédé par sa passion, toujours en avance sur l’événement, hyper réactif (je cite ici l’auteur…) ; nous savions le sens aigu de l’observation de l’homme de terrain, toujours prompt à réagir, à abandonner une idée pour récupérer celle d’autrui si elle est meilleure, donc pragmatique et réaliste ; nous rencontrons aussi le courtisan roublard, intrigant, habile négociateur , le grand communicant, conciliant et toujours prêt à s’investir pour que cela lui rapporte ( et je copie-colle encore…).
Mais nous découvrons surtout ici le bon vivant jovial, appréciant bon vin, bonne chère (et peut-être même « douces chairs »), l’ami fidèle et généreux et surtout le père aimant, protecteur, toujours soucieux d’enfants qui occupent la première place dans son cœur : oui, l’autodidacte ambitieux et orgueilleux sait aussi être « papa poule » !

Alors il faut lire cet « incontournable » et découvrir au fil des pages, au fil du temps, alors que se détériorent les rapports entre un Riquet vieillissant et malade et un Colbert de plus en plus intransigeant, toutes les étapes de la construction du canal, son grand œuvre bien sûr, mais de bien d’autres ouvrages encore dont Riquet fut le grand architecte.

Mireille Oblin-Brière aura, de toute évidence, largement contribué, en apposant ici mille touches de lumière, çà et là, autant de pointes d’humour et partout, léchant à petits coups de pinceau la toile là où elle avait perdu toute couleur, et sans déborder sur les restaurations précédentes, à redonner vie et éclat à tant de pans effacés de la grande fresque historique de « nostre Riquet ».

Et quel plus beau compliment alors, pourrait-on lui faire, afin de lui prouver notre admiration pour son travail de synthèse titanesque, que de répéter les premiers mots de la préface du docteur Michel Adgé, le plus éminent historien du canal de Riquet de tous les temps qui déclare : « J’aurais aimé avoir écrit ce livre. » !

Jean-Pierre Janier